Changer ou réparer ?

« Cela ne vaut pas le coup de la réparer, ça va vous coûter autant qu’une neuve ». Ce genre de discours s’est généralisé, dans le bâtiment comme partout, qu’il s’agisse d’une chaudière, d’une toiture ou de presque n’importe quoi.
Pour un professionnel, essayer de réparer c’est prendre un double risque de réussite et de rentabilité. En se débarrassant de l’objet en panne, il revient théoriquement à la sécurité de ce qu’il maîtrise.
Pourtant, nous devons arrêter de jeter, nous devons réparer !

Par souci d’écologie et de bon sens, mais aussi parce qu’un objet, un appareil ou un élément qui a vécu et rendu service, souvent longtemps, est possiblement meilleur qu’un neuf, dont on ne connaît pas vraiment la durée de vie, malgré la garantie. Force est de constater que nos achats vivent de moins en moins longtemps, et que la complexité engendrée par la plupart des SAV est loin d’apporter une réelle garantie au consommateur dans son confort quotidien.

En clair, si le variateur de votre lampadaire est cassé, ne jetez pas le lampadaire, remplacez le variateur et profitez-en pour lui mettre une ampoule led.

Seules exceptions – et c’est là qu’une expertise peut être fournie par les architectes – quand l’élément n’est plus écologiquement acceptable et que le bilan écologique de son remplacement reste meilleur, ou lorsque des questions de santé ou de sécurité sont en jeu.

Pour créer un contexte dans lequel des professionnels du bâtiment pourraient se spécialiser dans la réparation, commençons par créer une fiscalité de la réparation.
En retirant la tva sur la prestation de réparation, le client a davantage de chance de s’y retrouver.
En retirant l’impôt sur les sociétés à celles qui réparent davantage qu’elles ne posent du neuf, ces sociétés du bâtiment sont invitées à se spécialiser dans la réparation. Les investissements en apprentissage et en matériel seront en partie compensés.

Nous voudrions rencontrer des artisans spécialisés dans la réparation, pour remettre à neuf les éléments d’un chantier de rénovation, mais aussi pour nous proposer des appareils reconditionnés lorsque nous cherchons à construire moins cher.

Nous voudrions aussi voir un corner réparation dans toutes les grandes surfaces de bricolage !

Quant à la fiscalité écologique dont nous avons besoin de manière générale, elle doit être autant incitative que punitive :
Si un produit (ou une prestation) est bon pour la santé alors que ses alternatives ne le sont pas, s’il stocke du CO2 et/ou que son bilan carbone global est positif pour la planète, s’il contribue à développer l’emploi ou agir positivement sur un secteur en difficulté, alors ce produit (ou cette prestation) doit être non-taxé puis subventionné jusqu’à s’approcher de la hauteur de ce qui le rendrait absurde ou détourné de son usage.

En pratique, réparer doit être beaucoup moins cher que changer et un isolant biosourcé doit être beaucoup moins cher qu’un isolant sale. Un isolant biosourcé doit couter à peine plus que du bois de chauffage.
Si pour cela il convient d’augmenter la tva sur les produits polluants, et bien tant que les produits propres sont rendus accessibles à tous, je ne vois pas quel consommateur y verra quelque chose à redire. Et si ce système coûte un peu plus que de ne rien faire, par un défaut d’équilibre, nous aurons fait d’énormes économies sur beaucoup d’autres sujets et aidé des agriculteurs et d’autres professions qui en ont bien besoin.

Julien Vincent, architecte, conseiller national de l’Ordre

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