Seul un changement de paradigme peut encore sauver les meubles

HABITER: ce thème réunit tous les autres. Entendu qu’habiter, l’habiter, c’est le fondement de notre charge avec tous les acteurs préposés à créer des lieux de vie pour tous.

La transition énergétique s’avère une mascarade. Nombreux sont nos consoeurs et confrères venus sur le tard à cette conscience fondamentale du plus faible impact que tout acte de construire n’aurait jamais dû perdre de vue – un peu comme la tarte à la crème du bio pour l’alimentaire, après avoir battu en brèche l’école de la construction locale, vernaculaire, bouffis d’internationalisme en style et en matériaux venus des quatre coins du monde, on doit réapprendre le circuit court! – ces architectes et constructeurs qui en rigolaient y a 20 ou 30 ans aujourd’hui se gargarisent d’être à la pointe de cette transition, à coups de green hi-tech ils ne font que remettre le couvert d’un standard mondial technotronique et éloignent encore un peu l’homme habitant de la terre de son lieu, et l’incite à poursuivre des usages déconnectés de ce lieu.

L’architecte ou l’urbaniste lui-même pour le coup ne se remet pas en question, et à qui investi par une clique, ténor de ce mode, va résoudre prétentieusement des situations à l’autre bout du monde!! Quel circuit court! Quelle modestie de moyens! Quelle écologie!

Aux plus grands talents globetrotters, il est temps de préférer redonner la main aux petites mains locales, aux laborieux qui connaissent leur région, les codes et les petits artisans, les matériaux low costs et lowtech qui peuvent retrouver place dans nos édifices.

Mais prenons aussi du recul sur les objets construits, figurons-nous les de nouveau comme des limites, sculptant ce qui nous réunit, ce qui agit de statique pour se retrouver, de dynamique pour parcourir et non simplement se rendre d’un point A à un point B: le vide.

Autant que la qualité des logements, c’est ce vide gabarisé aux modes de transports rapides et impersonnels, ces milliers d’hectares sacrifiés à des machines qui nous transitent sans nous transporter qui manifeste l’échec de cet habiter ensemble. Pour quelques hectomètres carrés patrimoniaux des centres historiques, cent ou mille fois plus autour sans qualité, sans dessein sinon d’agglutiner en spéculant et où les différentes entités publiques et le privé en sus se déchirent et ne sont pas rappelés à l’ordre de servir le bien commun.
Desservir et desservir résonne étrangement.

Mais où l’homme bon sang, ce bipède de chair et de sang, a-t-il encore sa place?
Un vieux pays, un vieux continent qui veut aller bon train à la vitesse du Nouveau-Monde, ne tient pas l’allure et de surcroît vole et vendange la lenteur qui lui donnait toute sa saveur. Hasard linguistique du français rester & terres forment un anagramme. Terres ce pluriel qui rend à l’appartenance à un lieu circonscrit, une région, un terroir, un pays comme on disait encore dans nos campagnes pour désigner un village, la richesse du spectre d’appropriation par la fidélité à un lieu, par la contemplation possible lorsqu’on prend son temps, pour connaître les gens, le paysage dans sa multiplicité et son détail, dans ses ressorts qui donnent du sens à notre vie dans toutes ses instances. Voyez cet arbre, j’en cueille les fruits à l’automne, ce pic épeîche régule les parasites dans cette suberaie – protéger un bois c’est en protéger tous les aspects qui le font bois.

Seul un changement de paradigme peut encore sauver les meubles – l’écosystème adapté à la vie humaine. Notre mission d’architecte a pris une charge autrement plus tragique et cruciale – chaque pierre, chaque arbre, chaque mètre carré de sol deviennent des enjeux pour la survie, il serait temps de le réaliser. Le surmonitoring appareillé à l’efficacité énergétique est un nouvel abyme de dépendances pour l’homme. La sémantique elle-même est calamiteuse : maison passive! Mais non une maison doit redevenir active! Reprendre la mesure du temps lent et de la distance courte est la véritable réponse. Les anciens Chemins sont notre avenir.
Le narcissisme de nos professions saura-t-il s’y résoudre ?

Hugues fj Rolland, architecte spatiologue IN HOC SIGNO Ajaccio Corse

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