Les Articles 11 des PLU ne doivent plus s’appliquer quand le projet est conçu par un architecte

Depuis une soixantaine d’années, les Pouvoirs Publics (au sens large, notamment l’État et les Collectivités locales) ont voulu décider de l’architecture – ou du moins de son aspect – par le biais des Permis de Construire.

Étant dans l’incapacité de définir l’architecture de toutes les constructions à venir, les Pouvoirs Publics ont alors édicté des règles uniformisant l’aspect que doivent avoir les bâtiments. Et comme ces Pouvoirs Publics ne sont pas architectes, ils sont allés au plus simple, en se servant de modèles néo-régionalistes épars et artificiels pour définir ces règles. Artificiels, car quelle époque choisir ? 19° siècle ? 16° siècle ? avant l’an 1000 où tout était construit en bois ? et quels éléments « anciens » conserver et quels autres « contemporains » ajouter ? Comme en matière d’art, tout académisme d’Etat s’est toujours révélé nul, là comme ailleurs.

La conséquence est la disparition de l’architecture. Je ne parle pas des quelques grands projets exceptionnels, par nature marginaux et donc peu représentatifs de leur époque, mais bien de l’architecture façonnant l’essentiel de nos paysages urbains et ruraux.

Cette copie infondée du passé est sans précédent dans l’histoire de l’architecture, chaque époque ayant innové, amélioré, créé son propre cadre de vie, témoin culturel de ce qu’elle était. Plus tard, on regardera notre époque (des années soixante, jusqu’à… ?) comme un grand « trou noir » de l’architecture, une longue période où l’architecture s’est arrêtée.
Imposer de copier le passé est une énorme erreur, technique (on prive son peuple des progrès techniques actuels), économique (on ne peut pas concevoir de façon plus efficace, moins chère ni moins polluante), et culturelle (on produit une grimace grotesque, inculte).

Le mal qui a été fait ne peut plus se rattraper. Outre la production de tant d’horreurs dans notre environnement, le diktat public, par le biais du néo-régionalisme, a fait avorter la création architecturale du dernier demi-siècle. Nous ne pouvons pas imaginer ce que serait notre cadre de vie actuel si nous avions laissé vivre les architectures naissantes.
Raison de plus pour réagir tout de suite.

Comment ? En laissant faire les architectes, dont c’est le métier, à eux-seuls.
L’intervention des Pouvoirs Publics et leur pire avatar, le néo-régionalisme, se traduisent actuellement par les Articles 11 des PLU. Or, il est pour le moins anormal que les demandes de Permis de Construire soient instruites de la même façon, que le projet soit conçu par un architecte ou pas. Cela revient à nier toute compétence professionnelle à l’architecte, appartenant pourtant à la seule profession réglementée pour créer l’architecture et formé notamment dans des écoles d’État.

Les Articles 11 des PLU ne doivent plus s’appliquer quand le projet est conçu par un architecte.

En outre, cette mesure ne coûtera rien aux Pouvoirs Publics. Je me permets de citer notre ministre actuel : «…c’est aussi le rôle des élus et de l’ensemble des donneurs d’ordre* de veiller à l’utilisation de techniques novatrices, de nouveaux matériaux de construction comme les éco-matériaux». Il serait en effet passionnant de faire évoluer les bâtiments vers : plus de respect de l’environnement, plus de confort, plus d’agrément d’usage, plus d’intégration véritable, plus d’économie à construire, plus d’économie à utiliser, etc. Le progrès ne se fera pas par des règlements incultes mais en laissant faire les professionnels, chacun dans leur domaine : la qualité suivra l’innovation.

Jean-François Espagno, architecte

2 commentaires

  1. mille fois d’accord…avec le plagia d’une architecture locale qui est un refuge pour les élus locaux vis à vis de leur concitoyens…( voir ARCACHON)…où se sont les élus qui dictent l’architecture…sinon pas d’obtention PC…

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  2. Tout à fait d’accord également, on est en train de bloquer trop simplifier. Dans ma région on m’impose le sens d’implantation du bâti, sa forme (longère), la forme du toit : toit à deux pans, la pente,…. En gros aucune possibilité de déroger au risque de refus de permis… ou de défaut de conseil !?
    PLU trop restrictif et stérile.

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