RENOVATION THERMIQUE : IL N’Y A PAS DE PILOTE DANS L’AVION


• J’ai 45 ans d’expérience derrière moi en conception et réalisation et la rénovation thermique des bâtiments existants reste compliquée pour moi : il s’agit là d’un problème particulièrement complexe qui met en œuvre des compétences multiples.
• ADEME, DREAL, EDF, CAUE, Maison de l’Habitat, services des régions, des municipalités parfois, des syndicats de communes : quand je vois, aujourd’hui les résultats de la promotion de la rénovation énergétique, je suis sidéré par l’ampleur des actions menées par ces services de l’état ou ces collectivités locales, et le peu de concrétisation sur le terrain . Tant que la promotion de la rénovation thermique sera faite par des fonctionnaires (ou assimilés) et sans coordination, ça ne marchera pas.

Comment aborder la transition énergétique ?
Contexte
Les villes et villages se sont développés à partir de noyaux anciens notamment à la fin du XIXeme siècle. Puis après-guerre, pour le relogement des rapatriés, l’urbanisation s’est accélérée et s’est développée en couronne autour des villes et gros bourgs. Les premières mesures en faveur des performances énergétiques, ont été établies en 1974, puis se sont succédées les RT (1982, 1988, 2000 , 2005 ) qui au regard des exigences actuelles de la RT 2012, en vigueur apparaissent bien peu efficaces.
Ce parc immobilier, construit entre 1950 et 2000, est constitué de véritables passoires thermiques et représente probablement plus des 2/3 de l’ensemble bâti . Il s’agit essentiellement d’immeubles collectifs de logements, d’infrastructures touristiques, et de bâtiments tertiaires. Si l’on rajoute à cela, les centres anciens, ainsi que les zones pavillonnaires, nous ne pouvons que constater que nous sommes dans une véritable situation de « catastrophe énergétique ».
La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, fixe les grands objectifs d’un nouveau modèle énergétique français. Elle prévoyait, notamment, la rénovation de 500 000 logements par an à partir de 2017
De plus, l’isolation thermique des façades et des toitures est rendue obligatoire en cas de grosse rénovation de bâtiments et ce, depuis le 1er janvier 2017.
Enfin le décret dit « bâtiment tertiaire » est entré en vigueur le 11 mai 2017. Mesure phare de la loi de transition énergétique, ce décret impose aux bâtiments tertiaires d’accélérer leur rénovation énergétique. Objectif: atteindre une réduction de 25 % des consommations des bâtiments à usage tertiaire d’ici à 2020.
Plus récemment encore le Plan Climat de Nicolas Hulot avait pour objectif de faire disparaitre les passoires thermiques en 10 ans – 7 millions de logements recensés
Il fixait aussi un second objectif : Doper l’autoconsommation
Les blocages
– La diversité des maîtres d’ouvrage
o En premier lieu les Syndics Professionnels qui gèrent les le parc immobilier privé et qui ne savent pas par quel bout prendre le problème. La réponse est bien souvent de faire appel à un professionnel prescripteur qui lui, déroule la procédure classique : consultation des entreprises de ravalement…etc. Cela aboutit à des prix exorbitants dont le montant est jugé inacceptable par les copropriétaires
o Les Syndics bénévoles, les petites communes propriétaires de quelques logements sociaux , les particuliers investisseurs qui devant la complexité du problème ne font rien
o Seuls échappent à ces difficultés les grands bailleurs sociaux qui en général disposent de moyens suffisants, pour tenter des rénovations thermiques. Le résultat, là aussi est bien souvent décevant et se limite à un habillage de façade.

– Les procédures administratives : souvent inadaptées et qui ne sont pas précédées d’un véritable diagnostic d’ensemble
o Appels d’offre publics inadaptées :
 Mise en concurrence des concepteurs suivie d’une Mise en concurrence des entreprises qui aboutit à une solution coûteuse, peu adaptée et souvent partielle.
o Mises en Concurrence privées : souvent sans règlement de consultations et pièces de marchés rudimentaires

– La complexité technique
o Règles d’urbanisme, études préalables (relevés, examen des supports, analyse des contraintes), maîtrise du budget, élaboration du programme… ne sont pas du tout abordées

– Le manque de méthodologie
Le diagnostic d’ensemble n’est pas fait :
 Examen des recettes possibles : Cerner le potentiel du site : bien souvent les règles d’urbanisme permettent une extension comme une surélévation, une extension, un autre bâtiment. Tout cela peut être monnayé et peut venir en accompagnement dans le budget des travaux. Sans oublier, que cela va dans le sens de la densification des villes et limite l’extension des zones urbaines.
 Analyse des données :
• Etat général du bâtiment, des murs de façade, de l’environnement.
• Le niveau général de l’opération par rapport aux normes : Sécurité incendie , accessibilité des handicapés. Un projet de rénovation ne comportant pas ces 2 volets serait inacceptable
 Recensement des besoins élémentaires exprimés par les locataires : espaces de jeux pour les enfants, aménagements extérieurs… qui peuvent être intégré dans l’opération sans coût excessif
 Examen des futures nuisances engendrées par les travaux et qui , si elles sont anticipés peuvent être limités dans l’organisation du chantier

– Les pistes de réflexion

o Créer une instance indépendante régionale : un Comité de Pilotage comportant les représentants des concepteurs, des entreprises, de l’Etat, des « clients » (syndics ou propriétaires), qui fixerait les objectifs et coordonnerait les actions à mener pour promouvoir la rénovation énergétique aussi bien pour l’Agence d’Intervention que pour les services de l’Etat et des Collectivités. A ce sujet, il conviendra aussi de veiller à la répartition des tâches, car aujourd’hui tout le monde s’occupe de rénovation : ADEME, DREAL, EDF, Maison de l’Habitat, services des régions, des municipalités parfois, des syndicats de communes. Le résultat n’est pas très probant.

o Créer une Agence d’intervention (2 ou 3 personnes) pour :
 Faire l’état du patrimoine immobilier puis en suivre l’évolution : un état sommaire cartographié du patrimoine des agglomérations permettrait d’identifier les copropriétés concernées et susceptibles de faire l’objet d’une rénovation thermique. Nous pourrions là, avoir un premier outil pour intervenir, avoir une vision concrète du problème, et aussi identifier les propriétaires. Il faut aller chercher le client
 Faire une étude générale de faisabilité « opération par opération »
Assurer le lien avec le représentant de la copropriété, et lui fournir l’assistance nécessaire

o Examen des procédures de réalisation les plus adaptées : Concours d’idées, Appel d’Offre Conception Réalisation…

o Le financement : Faire un état sur les financements possibles : aides, crédit, partenaires… Examen des possibilités d’élargissement aux énergies renouvelables dans le cadre de l’opération : solaire , biomasse


o Les acteurs Economiques
 Constat : le tissu artisanal et industriel n’a pas, aujourd’hui , pas les moyens de répondre à la demande : il faut le former et essayer de dynamiser la filière de mise en œuvre des façades isolantes
 Idem pour Les concepteurs : architectes, BET, Economistes, géomètres…
 L’état du tissu artisanal et/ou industriel apte à se mobiliser
 Etudier les moyens de dynamiser la filière de préfabrication des éléments isolants :
• En créant le marché par des appels d’offre publics, qui pourraient servir de références
• Susciter la création d’équipes pluridisciplinaires pour répondre à des appels d’offre « Conception, réalisation » regroupant entreprises, industriels ou distributeurs, concepteurs (Architectes , BET Structures et Fluides, géomètres…)
 Intégrer la filière « bois » dans le domaine de la rénovation thermique
Murs manteaux, support bois
 L’Autoconsommation : Mobiliser EDF pour la formation et l’information des professionnels sur l’autoconsommation

– Structuration de l’action

La rénovation énergétique des bâtiments ne pourra se faire sans la mobilisation de tous acteurs publics et privés. Elle devra s’appuyer sur le savoir faire et l’expérience des professionnels du secteur.
Elle doit s’organiser, être dirigée, et doit fournir au public l’ingénierie nécessaire au lancement de toute opération.
Enfin, elle devra être régionale car la connaissance du terrain, et du tissu économique local, est gage de réussite.

Don Marc Paoli

2 commentaires

  1. Très bonne analyse Marc, on a bien vu sur le terrain chez nous en Corse l’écart entre les moyens mis en œuvre et le résultat…… . Les architectes permettraient à tous ces organismes distributeur de subvention d’assurer une courroie de transmission avec la réalité du terrain et par exemple les syndic de co-pro. Mais notre rapprochement , malgré la magnifique intervention pédagogique de jean marie drot, lacaton-vassal sur leur expérience.

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  2. Architecte en Corse dont 10 ans orientés à toujours plus de rénovation – individuelles avec extension densification et copro dans l’ancien avec syndic pro notamment). Le Pactarim Corse cheville ouvrière de l’ANAH qui répond à des OPAH dans les cœurs de villes par exemple effectue un travail sous-estimé, se frappe toutes les technicalités parfois contradictoires des différents services des communes. L’ABF est souvent sollicité – avec des prescriptions parfois détonantes! Copro constituées avec EDD (de plus en plus – ouf!) mais des pourcentages d’apothicaires pour que les moins aisés puissent toucher des subventions, paradoxalement des gens aisés par des tours de passe-passe sont déclarés indigents et obtiennent des aides!!
    Le tissu artisanal se désagrège, les savoirs-faires sur l’ancien sont médiocres, les prix tirés et favorisant des boîtes avec travailleurs détachés qui ne parlent pas français (ni le corse), peu qualifiés, mal payés, précarisés pendant leur séjour. Les gravats se volatilisent dans la nature. Parler le corse et/ou le français obligatoire pour des raisons de sécurité sur les chantiers.
    Peu de soutien pour le maître d’œuvre qui veut optimiser qualité, circuit court, matériaux naturels, respect de la structure; les BET plutôt axés béton et charpente métallique, peu familiers de la charpente bois, poussés par les assurances, souvent admettent qu’ils ouvrent les parapluies (donc mauvaise optimisation matérielle, coût etc). Le recyclage n’a quasiment pas droit au chapitre.
    L’exposé pourrait être long. Les pouvoirs publics doivent donner le la – pas tant par des labels, des commissions etc – donner le la c’est franchement et sans détours freiner des 4 fers le neuf, prendre partie et action pour la rénovation: la b&b sation doit cesser; les prix de l’immobilier (ventes et locations) doivent être fixés en fonction du revenu moyen des insulaires véritablement habitants à l’année (idem pour le foncier); emphytéotiser le secondaire (30 ans); HfjRolland

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