DROIT DE DEROGATION ET D’EXPERIMENTATION


Afin de répondre à l’urgence énergétique, écologique et matérielle, et afin d’assurer la survivance des savoir-faire traditionnels (y compris ceux de l’architecte), l’architecte devrait pouvoir obtenir un droit de dérogation lui permettant d’assumer sa charge vis-à-vis de l’intérêt général :

> D’un point de vue assurantiel :

Se détacher d’une dépendance aux matériaux industriels conformes aux DTU (Documents Techniques Unifiés) – particulièrement dans les projets avec les particuliers dont les budgets ne peuvent pas intégrer la réalisation d’ATEX (Appréciation Technique d’EXpérimentation) ou autres tests certifiant de la conformité de matériaux traditionnels ou non-industriels.

Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre que les grands projets ouvrent la voie par ces certifications, les petits projets étant bien plus nombreux et présentant un terrain d’expérimentation plus varié.

Qu’il soit possible de justifier d’expérimentation quand elle a pour finalité l’utilisation de matériaux hyper-locaux, de la mise en œuvre de techniques traditionnelles ou nouvelles employant des matériaux naturels, et de l’utilisation de matériaux de récupération.

Cette nécessité ne s’inscrit que dans le cadre de la logique assurantielle d’ aujourd’hui, où les moindres faits et gestes des architectes doivent être assurés.
Il est urgent d’inverser la situation actuelle où la présence d’un architecte sur le chantier est plus contraignante de ce point de vue qu’elle n’est permissive.

C’est pour l’instant, en se détachant de cette logique assurantielle, que quelques architectes parviennent encore à exercer leur métier dans le respect de l’intérêt public, mais les risques et les conséquences professionnelles, légales et financières liées à ces pratiques sont inacceptables.

> D’un point de vue réglementaire

Sous couvert d’écologie, les obligations en terme de réglementation thermique n’empêchent en rien les absurdités architecturales, et, même lorsqu’elles sont respectées, n’assurent que le renouvellement de l’économie, sans assurer les réelles économies d’énergie ou de matériaux. Les équipements imposés ne montrent aucune preuve de leur réel intérêt en terme de retour sur investissement financier ou énergétique.

Les calculs d’énergie grise et de fonctionnement ne servent qu’à comparer les équipements entre eux, mais ne peuvent pas prendre en compte la totalité d’énergie dépensée pour les mettre sur le marché ou entretenir leur fonctionnement, car elle est sans fin : énergie dépensée par les entreprises pour les études et l’invention de nouvelles technologies, pour la construction et l’alimentation de leurs ordinateurs, et même l’énergie dépensée pour calculer les énergies grises, et à l’autre bout de la chaîne, l’entretien des équipements et leur remplacement, etc…
On peut remonter très loin, sans que cela ne fasse avancer le problème.

L’énergie la plus écologique, est encore celle qui n’est pas utilisée.

A défaut, donc, de réglementation imposant l’architecture bioclimatique (impossible car trop subtile, complexe et située – d’où la nécessité absolue de l’architecte), il faut que les architectes aient la possibilité d’assumer l’efficacité des solutions naturelles (ventilation, exposition…) dans chacun des cas de figure particuliers que représentent chacun de leurs projets. Ces solutions, sans calcul d’énergie grise nécessaire, sont évidemment plus économes que n’importe quelle machine qu’il faudra construire, distribuer, alimenter, entretenir et remplacer.

Que le titre d’architecte nous permette d’assumer ces expérimentations et l’utilisation de techniques traditionnelles, par le biais de dérogations (participant parallèlement à la reconnaissance de notre autorité et de notre charge et au développement de nos savoir-faire) afin d’éviter le recours à des équipements et matériaux industriels dont l’architecture se passe depuis la nuit des temps, et qui nous sont depuis quelques poussières d’années, économiquement et réglementairement imposés.

Elsa Choremi

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