PLI BEL LARI une expérience de développement local participatif

Porteur du projet : Association de quartier l’Atelier ODYSSEE regroupant en son sein citoyens usagers, artistes, architectes et urbanistes.

Le citoyen au cœur de la conception des projets
L’opération « PLI BEL LARI» (Traduction : La plus belle rue) démarrée depuis mars 2014 propose une démarche concertée d’amélioration esthétique et sociale du quartier populaire de Vatable (Pointe à Pitre) s’appuyant sur 3 piliers :
• L’embellissement des maisons du quartier
• La valorisation artistique ou agricole des délaissés urbains (fresques, jardins partagés…)
• L’animation urbaine (manifestations culturelles et festives, marchés etc.)
Les quartiers concernés par l’opération Pli Bel Lari sont des quartiers prioritaires du contrat de ville. Ces quartiers du centre ancien de Pointe-à-Pitre, réputés difficiles ont vu lors des dernières années, s’installer insécurité, insalubrité, drogue et prostitution.

Sylvie ADELAIDE, architecte d’un urbanisme citoyen?
La sollicitation de Sylvie ADELAIDE, présidente de l’« Atelier Odyssée », répondait à certaines attentes.
Ses qualifications (architecte DPLG, urbaniste OPQU), fonctions (Directrice Urbanisme et Aménagement à la communauté d’agglomération Cap Excellence, Chef de service Foncier Programmation à la Société Immobilière de Guadeloupe…), expériences (Mission de RU Pointe-à-Pitre et Abymes, RHI Sainte-Rose, Deshaies, Capesterre , Eco quartier de l’Assainissement et de Louisy Mathieu, Promenade Verte et Bleue et SCOT de la communauté d’agglomération centre) et aptitudes (Gestion de la qualité environnemental des espaces publics dans le logement social selon un process piloté par M.PETIT à la SIG, plan de communication et de concertation dans le cadre de la rénovation urbaine….) offrent une vision plurielle (associative, professionnelle et institutionnelle) de la réponse qu’apporte à cette thématique l’ingénierie, dite, « citoyenne ».
Une méthode : composer une mosaïque avec le diagnostic sensible en motif central
Pour Sylvie, le(s) territoire(s) souffrent moins d’un manque d’études (études ABS, OPAH, SDDE, PLH, ANRU, données des bailleurs …), que d’une approche urbaine sociale et sociologique alliant la consultation à la considération des habitants. En effet, l’accumulation des données « figées » peut diluer l’efficience de leur application sur un terrain en perpétuelle évolution.
S’appuyant sur l’existant, les bénévoles de Pli Bel lari arpentent ainsi le terrain afin de produire des états des lieux diagnostics permettant l’identification d’opportunités (dents creuses, squats …) et la conception production de diagnostics « sensibles » (Exemple : cas du quartier de Louisy MATHIEU).
Les expériences de Sylvie sur la rénovation urbaine, l’ont convaincu de l’impérieuse nécessité de privilégier la préservation du lien humain et l’entretien d’un sentiment d’appartenance aux approches bureaucratiques.
Plus que de chiffres, elle nous parle « réinstallation de l’esprit de bon voisinage », de possibilités pour les Gran Moun de surveiller les enfants comme dans les lakou d’antan chers à un J.P GIORDANI ou à un Marc JALET.
« Raser le lien humain, c’est mettre en difficulté un système qui fait que les gens peuvent évoluer s’envisager, se projeter, se réaliser et s’accomplir ». Et comment ne pas évoquer, ici, cette femme qui lors d’une réunion publique de la rénovation urbaine demanda : « Est ce que je vais déménager près de ma voisine ? ». Un vœu qui au final, loin de se voir exaucé, connaîtra une issue funeste…

Un credo : Respecter (et associer) les gens pour qu’ils vous respectent (et vous apprécient)
La philosophie portée par Pli Bel Lari revisite les approches spécifiquement hygiénistes ou sécuritaires en matière de rénovation urbaine en s’appuyant sur les préceptes suivants :
• Négative hier, ou attractive aujourd’hui ; il convient de distinguer la perception du lieu, de sa réalité. Longtemps connue pour ses tares de site inondable et insalubre, Louisy MATHIEU, par sa vie de quartier, illustre parfaitement ce point. Un postulat qui rappelle les travaux d’un Sébastian ROCHÉ sur le « sentiment d’insécurité » ou d’un Marc GUERRIEN sur les bandas de Mexico, comparables en divers points (tenues, codes, activités…) aux gangs pointois et singulièrement de la rue Vatable.
• L’association étant située au cœur d’une zone au sein de laquelle différents types de trafics s’opèrent (stupéfiants, prostitution…) ; il importait de nouer, à l’instar de ce qu’a essayé d’initier l’urbaniste Bruno CARRER dans le cadre du GIP de la Ville de Fort de France, un rapport différent avec l’informel. Pli Bel Lari dialogue ainsi avec tous, de la doyenne, témoin de l’imprégnation bourgeoise de naguère, à la légende urbaine Big Jo. Un dialogue qui va jusqu’à l’adoption de codes communs, telles les limites territoriales de l’Atelier (un poteau et des graff spécifiques), respectés par « la rue » et vice versa.
Opérer dans le la Co-fondation plus que la confrontation
Outre le respect des gens, la présence sur site, favorise grandement l’obtention d’une légitimité et permet de témoigner que l’association ne se positionne pas « contre eux », mais « à côté d’eux ». Facilitée par l’appui sur des référents locaux ; cette cohabitation, pas aisée, induit des notions de domanialité flottante et de rapports de force, comparables aux codes de territorialité des groupes (Exemples des gangs, des surfeurs des Salines « vs » Baigneurs de la Plage du Bourg, ou des communautés à New York cf. L.BOUVET (« Le communautarisme. Mythes et réalités ») ou O.ROY (« Ethnicité, bandes et communautarisme »).
La nature ayant horreur du vide, Pli Bel Lari occupe le terrain en s’inscrivant non pas dans le conflit mais dans la cohabitation de différents mode de vie, d’habiter, d’exister ayant pour intérêt commun, la vie dans ce quartier et le vivre ensemble.
En dépit de cette bonne volonté et en corollaire à la présence sur le site, ce sont probablement les actions qui asseyent la légitimité de l’association sur les lieux le site. Depuis sa création, l’Atelier Odyssée a ainsi assuré :
• La réhabilitation et l’embellissement d’une quarantaine de maisons,
• La réalisation de 4 jardins urbains dont 1 jardin créole sur des parcelles abandonnées,
• Le lancement de chantiers (rue des Arts, cabane à lecture, soutien à un supermarché alternatif…)

CONCLUSION

Aux côtés des habitants, la conduite de ces actions exige l’appui d’un certain nombre d’adjuvants :
• Institutionnels, Etat, Région, Département et Cap Excellence (subventions, participation au Conseil citoyen…)
• Sponsors (un grand distributeur de peinture accompagne l’association quasiment depuis leurs débuts)
• Un réseau de compétences plurielles au service de l’opération (juridiques, administratives, architecturales …)
• Les bénévoles de provenance locale et internationale conquis par la démarche
• Les nostalgiques pointois de l’ère bourgeoise de certains de ces quartiers
• Une population « bobo » conquise par le charme populaire des Vatable et autre Fonds Laugier

Pour autant, demeurent un certain nombre de marges de progression :
• Optimisation de l’accompagnement financier des collectivités (volume, réactivité administrative) qui favoriserait par l’embauche, l’avancée des chantiers voire l’ouverture de nouveaux
• Complémentarité entre les actions de l’association et celle de la puissance publique (de l’exercice du pouvoir de police aux opérations d’aménagement ou d’entretien des voiries et des espaces publics)
• Extension de cette démarche à d’autres quartiers et d’autres communes
• Résolution des questions d’indivision qui tend à retarder ou enliser la mise en œuvre d’opérations
Par sa capacité à produire des diagnostics sensibles, à gérer l’urgence et sa légitimité acquise au fil des années, l’approche Pli Bel Lari propose une approche « citoyenne » innovante de la rénovation urbaine de Pointe à Pitre, ambitionnant de préserver voire de rétablir le lien (social) entre les habitants d’un même (micro) territoire.
L’attrait d’un nombre croissant d’activités économique, artisanales ou artistiques pour Vatable et l’intérêt des collectivités et acteurs publics pour cette approche, laisse à penser que l’essai est, au moins partiellement, transformé.

Axel GRAVA (CAUE Guadeloupe)

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